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07/05/2012

La violence et l'insécurité : Lettre ouverte aux candidats pour les élections législatives

"Honi soit qui mal y pense"


Cet article constitue le troisième volet d’un thème récurant à toutes les campagnes électorales qui est celui de la violence et de l’insécurité dans toutes les villes de France. Il fait suite aux deux précédents intitulés « Campagnes électorales et manipulations » et «  Thème de campagne : la violence et l’insécurité ». Il s’inscrit également dans le prolongement d’actions de sensibilisation et de diffusion d’informations publiées à l’échelon local sur ce même site (cf article Hérault Tribune du 25/06/2011 : http://www.herault-tribune.com/articles/10288/bulletin-d-...), ou à l’échelon national par l’intermédiaire de membres d’association luttant contre toutes formes de discrimination.

Comme je le répète souvent pour l’avoir mainte fois éprouvé depuis des années, aborder ce sujet est extrêmement délicat, car le traiter nous expose, a minima et quelle qu’en soit son approche, à des attaques ad hominen. Façon très discourtoise « d’empoisonner le puits » afin de « détourner l´attention de la proposition qui devait être débattue vers certains caractères propres à la personne qui l’a avancée ». C’est une manière de discréditer un intervenant tout en éludant l’essentiel sans avoir à se creuser la cervelle pour contreargumenter.

Même si ce thème est générateur de conflits, parfois virulent et fréquemment pernicieux, faut-il pour autant, s’abstenir de le traiter ?

Je ne le pense pas, car comme le disais un certain Albert EINSTEIN : « Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent et laissent faire ! ».

Et en y regardant bien, il devient de plus en plus difficile de laisser faire. Ce que la politique nous donne à voir aujourd’hui à de quoi faire frémir. L’image qui me vient en tête est celle d’un milieu où, il y a deux décennies en arrière, faire avancer les dossiers et les traiter correctement relevaient de rudes parties d’échecs entre les différents protagonistes d’une affaire. Aujourd’hui, le jeu a complètement changé et j’ai l’étrange sentiment que les comptes publics sont gérés par des joueurs de poker. Mais pas n’importe quel poker, le plus stupide qui soit au sens le plus péjoratif du terme, c’est-à-dire… le poker menteur. Le pire de l’histoire réside dans le fait que ces joueurs de poker menteur ne jouent pas avec leur argent, où même avec leur vie, mais bien avec celui de leurs concitoyens.

Nous en sommes là aujourd’hui. Avec une nuance de taille toutefois : ce jeu provoque de curieuses addictions qui transforment les joueurs en menteurs pathologiques, exactement à l’image d’un toxicomane qui manipule tout son entourage pour se procurer l’objet de sa dépendance.

Il va de soit que réduire cette problématique complexe à sa plus simple expression n’a aucun sens et qu’en agissant ainsi, nous nous interdisons de trouver de véritables solutions aux problèmes qu’elle pose et aux réflexions qu’elle impose.

Pourtant, la lutte contre ce fléau progresse. Malgré le retard affiché par la France dans ce domaine-là (le Canada a, par exemple, près de vingt ans d’avance sur nous), une lente prise de conscience commence à émerger. Elle s’est traduite en 2011 par la rédaction d’un excellent rapport sur la violence psychologique en milieu scolaire : « Refuser l’oppression quotidienne : la prévention du harcèlement à l’École », rédigé par Éric DEBARDIEUX, président de l’Observatoire International de la Violence à l’École.

En foi de quoi, permettez-moi de citer un extrait de la conclusion de ses travaux pour introduire ce dont il est question dans cet article :

« À vrai dire, lutter contre la violence est surtout lutter contre une suite de microviolences répétitives qui ont été décrites dans ce rapport avec toutes leurs conséquences de long terme: sur la santé mentale, sur la réussite scolaire et sur la sécurité publique. Lutter contre le harcèlement à l’École, c’est aider à faire diminuer le taux de suicide et celui de la dépression, c’est vouloir que moins de vies soient précocement brisées, durablement meurtries ou gâchées pour une dérisoire conquête de la domination ordinaire.

Trop longtemps ignoré ou banalisé, voici que grâce à la recherche, aux associations, aux praticiens, aux médias, aux victimes elles-mêmes, à leurs parents, le harcèlement arrive en lumière. Il n’est plus possible de le taire : c’est en soi déjà une victoire sur la loi du plus fort qui se cache sous la loi du silence. Qu’un ministre de la République française veuille y opposer de nouvelles politiques publiques est une autre victoire de cette reconnaissance.

Mais maintenant vient le temps du choix pour l’action. Nous avons tenté d’éclairer ces choix par ce rapport, que nous avons voulu sans concession. Ce choix ne nous appartient pas. Mais le temps de l’action ne pourra se limiter à des effets d’annonce, le sujet est trop grave, l’attente trop forte, l’espoir trop important. J’ai insisté plusieurs fois sur la nécessité d’un consensus. Est-ce impossible ? Devons-nous nous déchirer en France au détriment des victimes ? Sommes-nous capables d’être collectivement responsables ? Le problème n’est pas simplement : quelles mesures prendrons-nous ? Mais comment les inscrirons-nous dans la durée ? Comment ne sombreront-elles pas avec les guerres civiles de la démocratie que sont devenues les élections ? Faudra-t-il tout remettre à l’ouvrage, et, une fois de plus, perdre cette occasion ?

En avons-nous le droit ? »

Pour la petite histoire : qu’est-ce qui a bien pu permettre une mobilisation intense pour bousculer les idées reçues et faire émerger ce problème au grand jour ?

Aussi anodin que cela puisse être : une simple lettre ouverte.

Une simple lettre ouverte adressée à plusieurs ministres en date du 26 janvier 2011 (lien : http://www.ecolechangerdecap.net/IMG/article_PDF/article_...).

Certes, ce rapport et cette lettre ouverte ne portent que sur un épiphénomène de la problématique plus vaste soulevez ici, mais ils représentent une base de réflexion des plus pertinentes qui soient. Il convient juste dorénavant d’approfondir le débat pour que nos politiques se rendent compte de l’ampleur et de la gravité du phénomène.

C’est dans ce but qu’un dossier complet, comprenant tous les éléments qui ont été mis en ligne sur le site Hérault Tribune au travers des trois articles abordant ce thème, parviendra à chacun de nos candidats au poste de député afin qu’ils puissent nous faire part, au-delà des partis pris idéologiques, de leurs positions et de leurs solutions face à cette problématique plus que jamais d’actualité.

Bien entendu, leur réponse, où leur non-réponse, vous seront communiquée, afin que chaque électeur puisse, choisir, en toute connaissance de cause, quel candidat est le plus qualifié pour remplir la mission qui lui sera confiée.

Ce qui revient à dire que, par bon sens, le choix d’un candidat au poste de représentant de la nation devrait s’effectuer, non pas selon des critères d’appartenances ou de non-appartenance à tel ou tel parti politique, mais plutôt par rapport à la sincérité, l’honnêteté, la loyauté et le sens de la justice (et de l’équité) de la personne à élire et ainsi sanctionner les élus qui sombrent dans la manipulation, le mensonge et l’hypocrisie.

Ce n’est qu’à ce prix que les contre-pouvoirs indispensables à l’exercice de la démocratie peuvent être instaurés, car c’est bien parce qu’ils font défaut que nous sommes exposés aux difficultés qui sont les nôtres aujourd’hui.



Philippe VERGNES

Articles publié sur le site d'informations locales Hérault Tribune le 08 mai 2012

Lettre ouverte aux candidats à la députation

 
Rapport d'Eric DEBARDIEUX
"Refuser l'oppression quotidienne : La prévention du harcèlement à l'école"

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