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30/04/2012

Thème de campagne : la violence et l'insécurité

Thème de campagne récurant, le sujet de la violence et de l'insécurité n'est traité par les partis politiques que sous le seul aspect du "comment". Or, un problème ne se résout pas au traitement de ses conséquences (le "comment"), mais plutôt à celui de ses causes (le "pourquoi"). Quel est donc ce "pourquoi" ignoré de nos élus ?


Avant toute chose, permettez-moi de préciser que la compréhension de la problématique que nous allons abordée, et qui « recouvre l’ensemble des activités humaines et fait intervenir la totalité des éléments de la psychodynamique individuelle ou de celle des foules » (in « Tous manipulés, tous manipulateurs » de Jean-Marie ABGRALL), nécessite quelques notions de base qui ont été abordées lors d’un précédent article afin de préparer ce qui suit (cf Hérault Tribune du 20/04/2012 : http://www.herault-tribune.com/articles/12570/vias-heraul...).

Ceci dit, souvenez-vous, suite à divers articles de presse parus notamment dans le MIDI LIBRE au sujet de la criminalité en France, Mme France JAMET, candidate du Front National aux élections législatives sur la 7e circonscription de l’Hérault, avait saisi l’occasion d’une offensive en règle contre Gilles D’ETTORE, député UMP sortant, maire de la ville d’AGDE, président de la CAHM, etc., etc. (cf. Hérault Tribune du 23/11/10 : http://www.herault-tribune.com/articles/8765/delinquance-....

Sur la base des chiffres communiqués par le Ministère de l’Intérieur, la présidente du groupe FN au Conseil Régional du Languedoc Roussillon s’était montrée très opportuniste pour dénoncer le climat d’insécurité qui règne sur la ville d’AGDE (pour rappel, classée 3e ville parmi les moins sûres de France d’après les statistiques ministérielles).

Mon propos n’est pas de revenir sur cette polémique, très bien résumée dans l’article cité ci-dessus et le commentaire en réponse à ces écrits, mais plutôt de sensibiliser les quelques lecteurs, intéressés par cettequestion, sur les causes réelles, rarement dénoncées par nos édiles, de la violence et de l’insécurité. Un thème qui reste l’une des principales préoccupations des Français, malgré qu’il ait été détrôné de sa première place par le pouvoir d’achat, le chômage et la crise économique. Par ailleurs, et comme chacun sait, la lutte contre l’insécurité fut le « cheval de bataille » (le « dada » diront certains) du président sortant durant près de 10 ans avec le succès que nous lui avons connu. C’est dire son importance sur le plan électoral et sociétal.

L’analyse de cette thématique est riche d’enseignement, car elle nous permet de prendre la mesure de l’ignorance, et donc de l’incompétence, des candidats aux plus hautes fonctions électives, que ce soit pour les présidentielles, les législatives ou les sénatoriales. À vrai dire, parmi ses deux dernières assemblées chargées de légiférer, les élus capables de véritablement cerner les enjeux liés à cette problématique se comptent sur les doigts d’une seule main. (Si, si ! J’ai les noms qu’il est très facile de repérer en s’abonnant aux lettres d’information de l’Assemblée nationale et du Sénat et en suivant les débats qui se déroulent dans ces hémicycles, ce que devraient normalement faire tous parlementaires qui se respectent, voire tous les prétendants à ce poste).

En toute connaissance de cause, nous sommes en droits de nous interroger sur les solutions que comptent mettre en place nos futurs députés pour résorber ce fléau, et surtout, d’évaluer, voire de critiquer la pertinence et l’efficacité de leurs propositions. Ces écrits rentrent dans le cadre de cet objectif, car la lutte contre la violence et l’insécurité est encore loin d’être, en France, sur la bonne voie, même si elle donne l’illusion, sous divers aspects, d’en suivre le chemin.

Ainsi, à la lumière des différents commentaires de nos responsables politiques sur les quelques drames et faits divers dont nous avons été témoins dernièrement (notre région n’ayant pas été épargnée durant l’année 2011), force est de constater que nous ne connaissons pas grand-chose aux causes qui engendrent la violence et l’insécurité dans notre société. Pire encore, il semblerait que nos édiles soient frappés d’amnésie lorsqu’il s’agit de rendre compte de ces processus complexes pour lesquels ils nient farouchement toute implication. Or, l’insécurité n’est que la conséquence des violences et il est un principe auquel nul ne déroge en matière de résolution des problèmes, c’est qu’ils ne peuvent être réglés que si l’on s’attaque à leurs causes et non à leurs effets. C’est une mesure de bon sens que nous sommes nombreux à partager, mais qu’ignore la classe politique dans son ensemble si l’on en juge par les idées préconisées pour remédier aux désastres causés par la violence.

Une véritable politique visant à réduire l’insécurité demande la mise en place de méthodes de luttes contre l’origine des violences. Encore faudrait-il pour cela comprendre comment fonctionne le cycle des violences, ce qui ne paraît pas être, compte tenu du paradoxe que nous entretenons, notre préoccupation principale. En effet, si nous aspirons tous à vivre en sécurité (c’est même l’un de nos besoins fondamentaux qui vient juste après ceux de manger, boire, dormir et respirer, cf la pyramide des besoins de MASLOW), nous ne nous sentons pas concernés par les causes qui produisent l’insécurité. Nous sommes là dans une attitude paradoxale alimentée par un déni de réalité qui nous plonge dans un aveuglement total. Difficile, dans ces conditions, de trouver ou d’envisager des réponses à l’énigme soulevée par ce problème, d’autant plus que nos édiles n’ont pas à se soucier de mener un combat efficace contre l’insécurité qui, faut-il le reconnaître, ne les touchent guère. Il leur suffit de se montrer en symbiose avec nos préoccupations lorsqu’un drame survient, ou à l’occasion des élections, pour nous laisser croire qu’ils vont prendre nos inquiétudes en considération. Malheureusement, leurs attitudes quotidiennes démontrent une totale contradiction entre leurs véritables intentions et leurs déclarations dans le style du « faites ce que je dis, mais pas ce que je fais… etc. »

Cette absence de cohérence entre paroles et actes est une des caractéristiques de la manipulation. Qu’elle soit consciente ou inconsciente n’entre pas ici en ligne de compte, les résultats sont les mêmes : cette manipulation est destructrice. Elle est également, comme nous allons le voir, l’une des sources intarissables de la violence et de l’insécurité dans nos sociétés contemporaines.

Par simplification pour les besoins de la cause, nous pouvons classer hiérarchiquement les violences avec, tout en haut, correspondant à la partie visible de l’iceberg, les violences létales (meurtres, suicides, « accidents » ayant entraîné la mort, etc.), et, dans la partie basse, « invisibles » à la plupart des observateurs, les violences dites psychologiques qui s’exprime par la manipulation et ses diverses manifestations telles que son principal avatar, le harcèlement (dont nous avons vu qu’il se substituait à la manipulation lorsque celle-ci n’était plus opérante).

Arrêtons-nous ici pour affirmer une réalité ignorée de la quasi-majorité d’entre nous : ce que la recherche nous enseigne, c’est que le cycle de la violence commence toujours par des violences psychologiques (in « Refuser l’oppression quotidienne : la prévention du harcèlement à l’école », rapport au ministre de l’Éducation nationale de la Jeunesse et de la Vie associative rédigé par Éric DEBARDIEUX, président de l’Observatoire international de la Violence à l’École). Cet enchaînement s’explique dans le sens où, lorsque survient un cas grave d’homicide, il n’est que l’aboutissement de ce que les psychosociologues appellent une « escalade d’engagement ».

Pour mieux comprendre cette « escalade d’engagement », il nous faut tout d’abord tenter une définition de la violence psychologique.


Définition des violences psychologiques :

Si le droit pénal reconnaît maintenant leurs existences et s’est attaché à en préciser les contours en proposant plusieurs définitions très générales selon le milieu dans lequel ces violences sévices, le Code pénal ne nous éclaire pas sur la nature des agissements mis en cause et leurs réelles conséquences sur les personnes visées par ces pratiques.

Parmi les agissements relevant de la manipulation mentale ou du harcèlement, on reconnaît, entre autres, ceux qui ont pour effet d’entraver la liberté d’expression d’une personne, de l’isoler, de la déstabiliser, de la discréditer personnellement et professionnellement, voire de l’humilier, de la dénigrer, de la disqualifier, de limiter son accès aux ressources auxquelles elle aurait normalement droit pour réaliser son travail ou remplir sa mission (ou son mandat), de la culpabiliser à tort, de compromettre sa santé, de l’insécuriser, etc., etc., etc. Bref, cela correspond à toutes formes de maltraitances qui ont pour but ou pour objet de blesser l’intégrité et la dignité d’autrui de façon répétitive et intentionnelle. Les exemples de cette forme d’oppression qui conduit à l’aliénation de la ou des cibles de ces attaques sont désormais légion. On en rencontre chaque fois qu’un individu ou un groupe d’individus cherche à exercer un pouvoir ou une domination sur autrui. Ce qui induit un état d’asservissement des personnes en proie à ces agissements.

Il n’existe pas vraiment de définition consensuelle des violences psychiques, mais elles sont décrites par les spécialistes comme une forme de terrorisme psychologique et quelle que soit la description que nous donnions à ces phénomènes, nous pouvons facilement comprendre que de telles conduites soient dénoncées comme « dictatoriales » et s’opposent à la nature même de notre démocratie symbolisée par le triptyque républicain de « Liberté, Égalité, Fraternité ».

Ce qui revient à dire que lutter contre la manipulation et le harcèlement dans notre société revient à défendre notre démocratie contre les dangers qui la guette et qui sont représentés, au regard des évènements qui ont ponctué notre histoire et des deux guerres mondiales du XXe siècle, par les risques de dérives sectaires ayant entraînés les deux formes de totalitarisme que nos parents ou grands-parents ont connues. C’est dire l’enjeu, au combien crucial, d’étudier attentivement les dérives et les tournures que prennent certains discours populistes chez nos leaders politiques qui vilipendent le corporatisme tout en prenant bien soin de sélectionner leurs partisans pour préserver leur dogme.

De plus, mener ce combat contre cette calamité est aussi devenu une nécessité matérielle majeure, car ses effets représentent un coût, bien que difficilement chiffrable, qui a été évalué comme étant supérieur aux dépenses de santé de notre pays.

À l’heure où nos politiques nous « bassinent » pour accepter des plans d’austérité totalement iniques, il serait peut-être judicieux de se pencher sur la question, car il ne s’agit pas là d’économiser 4 à 5 milliards d’euros, mais plutôt 40 à 50 milliards d’euros, voire plus encore. C’est dire à quel point notre aveuglement coûte cher à la France, car avec les intérêts que nous payons sur la dette accumulée depuis ces trente dernières années, cela représente l’effort financier à fournir pour résorber le déficit budgétaire de la nation. Plus besoin de surtaxer les riches, de supprimer des postes de fonctionnaire, d’amputer nos retraites, d’accuser les chômeurs, les RMIstes ou les bénéficiaires de diverses allocations de « spolier » l’argent public, etc., etc., etc.

Par voie de conséquence, mener un combat efficace contre l’insécurité en s’attaquant à ses causes, telles que le sont les différentes manipulations, permettrait de résoudre bien des problèmes dans notre société actuelle. Les solutions à adopter ne sont pas aussi exceptionnelles qu’il y paraît et représentent un faible coût qui serait très vite amorti. Elles demandent principalement de mettre en place ce que je nomme une « pédagogie de l’empathie », et à prendre des mesures de lutte et de prévention contre les  violences psychologiques. À ce titre, les préconisations du rapport cité ci-dessus, impliquant l’État, l’Éducation nationale, les collectivités locales et divers professionnels de terrain, seraient très largement suffisantes.

Mais la poursuite d’un tel objectif nécessiterait également que nous posions un autre regard sur la(les) manipulation(s). Et c’est ici qu’est le véritable nœud gordien du problème, car la question qui vient immédiatement à l’esprit est de savoir comment ceux-là mêmes qui prétendent lutter contre l’insécurité pourraient abandonner des pratiques qui la génèrent et qui leur permettent de conserver le pouvoir auquel ils accèdent en se faisant élire.

Autrement dit la solution à cette problématique ne pourra venir que d’un gouvernement dont le leader, non content de déclarer : « Je ne vous trahirais pas, je ne vous mentirais pas ! », s’engagerait solennellement avec fermeté, honnêteté et loyauté en proclamant également : « Je ne vous manipulerais pas ! ».

En tout état de cause,  rien de bon n’adviendra jamais de quelqu’un dont le discours consiste à stigmatiser telle ou telle autre frange de la population au détriment d’une autre, ou à vilipender certaines minorités (selon le principe du « bouc émissaire » qui fonctionne si bien en politique pour haranguer les foules et les manipuler), et qui se résume à : « Faites ce que je dis, mais pas ce que je fais et surtout puissiez-vous ne rien comprendre à ce que je vous raconte, de manière à ce que quoique vous pensiez, quoique vous disiez ou quoique vous fassiez, je puisse toujours avoir raison ».

 

Philippe VERGNES

Articles publié sur le site d'informations locales Hérault Tribune le 29 avril 2012

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