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07/12/2011

Notre député défend son bilan à 7 mois des législatives

Dans la 7ème circonscription de l'Hérault, le déplacement de Jean-François COPÉ à Sète, le mercredi 30 novembre 2011, a officiellement lancé le début de la campagne électorale législative.


assemblée nationale, député, parlementA 7 mois des élections législatives, lors de son passage à Sète, le mercredi 30/11/2011, le secrétaire général de l’UMP, Jean-François COPÉ, a « adoubé » notre député - maire - président d’agglo pour être candidat à sa réélection au poste de député de la 7ème circonscription de l’Hérault.

Cette annonce intervenant peu de temps après celles des personnalités de la circonscription qui auront la lourde charge de défendre les couleurs de leur parti respectif (Sébastien DENAJA pour le PS, Sébastien ANDRAL pour le Front de Gauche, France JAMET pour le Front National, les représentants des autres partis - MODEM, EELV, etc. - et les candidats sans étiquette politique déjà déclarés) marque le début d’une campagne électorale qui, avec la crise actuelle et ses multiples rebondissements, s’annonce comme l’une des plus importantes, si ce n’est LA plus importante de ces trente dernières années. Car cette élection aura comme enjeu majeur de dégager une majorité pour le futur président et son équipe qui devront affronter l’un des plus grands défis de notre époque : celui d’effacer plus de trente ans de laxisme et d’approximation (irresponsabilité budgétaire, construction européenne inique, désengagement et abandon progressif des droits « imprescriptible et inaliénable » de l’Etat, démantèlement des services publics au nom d’un néocapitaliste ultra-libéral, à ne pas confondre avec le capitalisme libéral mis au service de l’humain que l’idéologie néocapitaliste dominante a dévoyé au dernier degré et vient de démontrer qu’elle n’avait rien à  envier à certains dogmes totalitaires, etc., etc., etc.).

C’est donc dans une ambiance particulièrement « lourde », qui n’est pas, à proprement parler, propice à la résolution de toutes ces problématiques si l’on en juge par l’actualité économique récente, que l’année 2012 va bientôt commencer. La petite trêve hivernale des fêtes du mois de décembre ne changera pas grand-chose à la donne. Tout au plus permettra-t-elle à certains de pouvoir souffler un peu.

Pour qui s’y intéresse, il n’est pas trop difficile de comprendre que dans la cacophonie du moment, nos plus hauts responsables sont totalement démunis face aux aléas et aux dictats des marchés financiers. Le culte du veau d’or auquel ils ont voué une adoration sans borne lors de ces dernières années est en train de se retourner contre eux et malgré la multiplication des promesses d’offrandes de plus en plus « grand-guignolesques » (la promesse de toujours donner plus malgré le cortège du chômage, de l’inflation, de la récession et donc de la baisse importante de nos revenus et de nos ressources qui impute considérablement notre pouvoir d’achat), rien ne semble plus être en mesure d’apaiser le dieu « argent » (les « banksters » cupides et avides de richesses et les politiques à leurs bottes).

Ainsi, le coup d’envoi du marathon préélectoral vient d’être officiellement lancé quelques heures à peine après l’interview de M. Gilles d’ETTORE donnée au MIDI LIBRE le dimanche 27 novembre 2011 dans un article titré : « D’ETTORE : “Là pour faire avancer les dossiers”. Le député défend son action à 7 mois des législatives ».

« Là pour faire avancer les dossiers » : ce que cette phrase (et la rhétorique qui la légitime) exprime semble insinuer, qu’aux yeux de notre député, sa fonction se limite aux « influences » qu’il peut exercer sur le pouvoir exécutif en place. Cette vision est si absurde, si aberrante, qu’il convient de la commenter tant elle frise le ridicule.

Dans l’édito d’un document d’une douzaine de pages que M. Gilles d’ETTORE fit paraître suite aux deux premières années d’exercice de son mandat de député, nous pouvons y lire la déclaration suivante : « Je suis, avec énergie et conviction, votre représentant à l’Assemblée Nationale afin de porter vos aspirations, d’améliorer votre vie quotidienne et de contrôler l’action du gouvernement. Concrètement, j’ai proposé, amendé et voté de nombreuses lois pour, entre autres, promouvoir votre pouvoir d’achat et votre sécurité, soutenir notre économie et nos PME, développer notre système de santé et nos retraites pour les plus anciens, ou encore soutenir une nouvelle politique environnementale et d’ambitieuses réformes pour les jeunes ».

Propos qui, dans une certaine mesure, pourraient correspondre à une définition très simplifiée du métier de député, car le véritable travail d’un parlementaire est, comme le nom de son élection l’indique (élections législative), de légiférer.

Parfois, un petit rappel du véritables sens des mots s’avère utile pour remettre certaines idées en place parce que « l'outil de base pour manipuler la réalité est la manipulation des mots. Si l'on est capable de contrôler le sens des mots, on est capable de contrôler les gens qui ont à s'en servir » (Philip Kindred DICK, 1928-1982). Dans le même registre, un certain Jean JAURES (1859-1914), que nos hommes politiques aiment tant citer, déclarait : « Quand les hommes ne peuvent plus changer les choses, ils changent les mots ».

La véritable définition du vocabulaire se rattachant à la fonction de député nous rassure sur ce que doit être son véritable travail au sein de l’Assemblée Nationale :

Légiférer : Faire des lois.

Législateur-trice :

  1. Celui, celle qui donne (ou a donné) une législation à tout un peuple, toute une civilisation ;

  2. Celui, celle qui établit des lois, édicte des règles dans un domaine, qui pose les principes d'une science, les règles d'un art.

Législation :

  1. Ensemble des textes de lois et règlements d'un pays ou concernant un domaine, une matière déterminée ;

  2. Action, droit, pouvoir de faire des lois ;

  3. Science des lois ; connaissance des lois.

Pour aller plus loin et achever de convaincre les plus sceptiques, nous pouvons aussi consulter le site de l’Assemblé Nationale (« mieux vaut s’adresser au bon dieu qu’à ses saints ») et prendre connaissance du statut du député tel qu’il y est défini : « Élu pour représenter la Nation, le député participe à l’exercice de la souveraineté nationale. Il vote la loi et contrôle l’action du Gouvernement… ».

Un peu d’histoire nous apporte aussi son lot d’informations précieuses pour compléter l’opinion que l’on peut avoir sur un sujet donné. En France, le « contrôle de l’action du gouvernement » tel que doit l’effectuer un député a conduit les fondateurs de notre démocratie à poser les principes de la séparation des pouvoirs dont on retient le plus souvent la classification de MONTESQUIEU  dans son livre « L’esprit des Lois » (source Wikipédia) :

  • le pouvoir législatif, confié à un parlement (ou législateur), à savoir, en France, l'Assemblée Nationale ainsi que le Sénat ;

  • le pouvoir exécutif, confié à un gouvernement composé d'un Premier ministre et des ministres, à la tête duquel se trouve un chef d'État et/ou de gouvernement ;

  • le pouvoir judiciaire, confié aux juges, lequel pouvoir judiciaire peut se subdiviser en ordres juridiques distincts : d'une part l'ordre judiciaire, chargé de trancher les litiges entre particuliers, d'autre part l'ordre administratif, compétent pour trancher les litiges opposant l'Administration et les particuliers.

La nécessité d'une telle séparation inspirera l'article 16 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen du 26 août 1789 qui affirme (bien que de façon allusive et sans aucune précision) : « Toute société dans laquelle la garantie des droits n'est pas assurée ni la séparation des pouvoirs déterminée, n'a point de Constitution. »

En conséquence de quoi, prétendre qu’un député est « là pour faire avancer les dossiers » laisse sous-entendre que la séparation des pouvoirs, qui est le fondement même de notre démocratie, n’est plus déterminée et que du fait de l’article 16 de la déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, notre société  « n’a point de constitution ».

Ne nous étonnons donc pas de la dégradation de nos conditions de vie que nous constatons tous chaque jour. Désormais, les oligarques ne prennent même plus le soin de cacher leurs intentions et la vision du monde qu’ils souhaitent développer et nous imposer. Affirmer dans une interview que « le fait d’être député de la majorité permet de faire progresser tous ces dossiers » et que « le meilleur témoin d’activité d’un député, ce sont les dossiers que l’on parvient à faire avancer »  permet d’en déduire que selon le point de vue de M. Gilles d’ETTORE, pour être un « bon » député, il faut être un bon « cireur de pompe ». Nous sommes là très loin du contrôle de l’action du gouvernement que doit exercer notre représentant de la Nation.

Par ailleurs, si nous devons suivre ce raisonnement, nous devrions donc choisir un député qui appartienne à la majorité présidentielle puisque « le fait d’être député de la majorité permet de faire progresser tous ces dossiers ». Qu’adviendra-t-il donc de lui si le/la futur(e) président(e) venait à changer (ce qui signifierait qu'il/elle n’appartiendrait plus au parti de la majorité actuelle) ? Changera-t-il d’étiquette pour se présenter aux élections législatives afin d’être « un député de la - future - majorité » (on sait cette pratique courante parmi les membres de son conseil municipal) ? Ou bien, dans l’hypothèse d’un changement de président et dans l’intérêt de ses concitoyens, acceptera-t-il de rendre son tablier sans s’opposer au candidat de la future majorité ?

Si nous pouvons reconnaître à notre député un certain talent d’orateur (ou de manipulateur ???), de telles incohérences démontrent une incompétence notoire pour faire face aux défis actuels que notre société a à affronter (lire notamment l'article sur les emprunts toxiques).

J’en avais déjà eu la preuve en tant que président d’association de parents d’élèves lorsque, dénonçant une injustice criante et un comptage du nombre d’élèves très « partial » de la part de l’Inspection d’Académie de l’Education Nationale à propos des suppressions de classes sur la commune de VIAS (pour justifier les suppressions de postes, l’administration a tout bonnement « ignoré » près de 25 élèves sur l’école Jean Moulin et ce malgré les nombreuses protestations de toute la communauté éducative de notre cité), notre « représentant à l’Assemblée Nationale afin de porter nos aspirations et d’améliorer notre vie quotidienne », membre de la commission des affaires culturelles et de l’éducation, n’a jamais pris le soin de répondre au courrier que notre association lui avait adressé en date du 21 juin 2011.

Cette « évolution » sur la vision du rôle d’un député au sein de l’Assemblée Nationale s’apparente plus à une « régression » qu’à une « progression ». Au stade que cela a atteint, nous pourrions même parler de dégénérescence à l’image des personnes touchées par la terrible maladie d’Alzheimer qui perdent peu à peu  toute leur capacité intellectuelle. Comment expliquer autrement que cette présentation du travail que doit fournir un parlementaire puisse ainsi passer de « l’essentiel » au « superficiel » ?

Dès lors, comment ne pas croire que son classement de 533ème député sur 577 ne corresponde pas à la réalité de son action ? D’autant plus que les critères retenus lors de l’enquête ayant déterminé sa position sont exactement les mêmes que ceux qu’il affichait dans son bilan à mi-mandat.

Etc., etc., etc.

Nous ne sommes plus à une contradiction près et de telles attitudes révèlent, au mieux, une imposture (imposture : Action de tromper ; acte, discours d'un imposteur - imposteur : celui qui trompe, qui abuse autrui par des mensonges, de fausses promesses, dans le but d'en tirer un profit matériel ou moral, définition du CNRTL - Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) ou, au pire, une escroquerie intellectuelle.

Ces pratiques sont devenues si courantes dans le monde politique qu’il ne faudrait pas que nos élus s’étonnent du « désamour » de leur électorat.

Dans le milieu rugbystique, nous recourons souvent à une singulière expression lorsqu’une équipe est prise dans une dynamique de défaites ou lorsqu’elle est en proie au doute à l’image de ce qu’a pu être l’équipe de France lors du dernier mondial. Nous disons qu’il faut revenir sur les fondamentaux de ce jeu et l’entraîneur demande à chacun de ses joueurs de se concentrer sur les tâches prioritaires qu’ils doivent, individuellement, accomplir en cours de match. Et ce n’est que lorsque chacun des joueurs parvient à faire son « job » (à se remettre en question) que le collectif retrouve le sens de la marche et redevient performant. Ce qui implique aussi un don d’abnégation pour éventuellement « corriger » l’erreur qu’aura pu commettre un coéquipier (contrôle du gouvernement). C’est en retrouvant cette « assise » (les fondations sans lesquelles rien de solide ne peut être construit) que le XV tricolore a pu regagner l’estime de son public et nous offrir ainsi une si belle prestation en finale de la dernière coupe du monde. Peu de gens comprennent comment une telle métamorphose, entre l’image qu’ils nous ont donnée à voir durant toute la compétition et la prestation en finale dont ils nous ont gratifiée, a pu s’opérer si rapidement. Pour les « afficionodos » de ce sport, cela tient en un seul mot : fondamentaux (ou si vous préférez : les bases).

De même, c’est en réaffirmant l’idéologie qui a servi aux fondements de notre démocratie que la classe politique pourra reconquérir l’estime de ses électeurs.

Malheureusement, ce n’est assurément pas le chemin que prennent beaucoup d’élus et dans ces conditions, notre responsabilité de citoyen est de leur faire comprendre que nous ne sommes pas dupes de leurs turpitudes et que lorsque viendra l’heure du bilan nous sanctionnerons comme il se doit leurs égarements.


Philippe VERGNES


Article paru le mercredi 7 décembre 2011 sur le journal d'information en ligne Hérault Tribune.


P. S. :

L'interview de Gilles d'Ettore paru dans le MIDI LIBRE  du dimanche 27 novembre 2011.

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