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09/10/2011

Les emprunts toxiques des collectivités - Quels risques pour le contribuable local ?

emprunts structurés,produits toxiques,économie,cds,titrisation,shadow banking,banques fantômesLes emprunts dits toxiques sont aux collectivités, ce que le surendettement est aux ménages ou ce que la dette souveraine est à l'Etat. Nous n'en connaissant pourtant que la partie visible de l'iceberg.

Que cachent ces produits pour qu'ils fassent l'objet d'une commission d'enquête parlementaire qui rendra ses conclusions courant décembre ? Qu'elles ont été les motivations de nos élus pour y souscrire ? Pouvaient-ils résister au champ des sirènes du lobbying de "l'industrie financière" ? A qui profitent-ils réellement ?


« Un homme averti en vaut deux », mais comme « toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire » (ou plutôt à entendre car « il n’y a que la vérité qui fâche »), il se pourrait bien que la lecture de cet article soit indigeste à certains. Pour tous ceux qui ne voudraient pas voir la réalité en face et préféreraient se sentir plus léger, je ne vous blâmerais pas si vous passez votre chemin. Je rajouterais que les informations exposées dans ce qui va suivre sont fortement déconseillées à toutes personnes sous traitement de lexomil, lyxanxia ou autre xanax, etc. (la France étant le premier pays au monde pour la consommation de médicaments psychotropes - anxiolytique, antidépresseur ou hypnotique - il y a un risque pour que peu de lecteurs soient intéressés par ces écrits, mais bon… informer les gens comme il se doit sur des sujets aussi graves que celui de l’utilisation des deniers publics est de nos jours devenu un « mal » nécessaire).

L’actualité récente (LIBÉRATION des 20 et 21 septembre 2011 et MIDI LIBRE des 22 et 23 septembre 2011) a mis en évidence un problème budgétaire d’importance capitale qui n’est pas à négliger d’autant plus que le « démantèlement » (comprendre : « la faillite organisée ») de la banque DEXIA vient tout juste d’être annoncée (journaux télévisés du 10 octobre 2011).

Concrètement, comment cela se traduit-il pour les finances locales, c’est-à-dire dansquelles proportions nos collectivités seront-elles touchées et quel impact cela aura-t-il sur nos impôts locaux  ???

La carte de France des emprunts toxiques vendus par DEIXA nous donne une idée de l'étendu du problème (Source : http://labs.liberation.fr/maps/carte-emprunts-toxiques/#Communes-0024919).

A première vue et après consultation de ces données, il n’y a pas de quoi fouetter un chat et pour ce qui concerne plus particulièrement le contribuable local, l’addition peu paraître « minime » en comparaison de « l’affolement » suscité en premier ressort par l’article de LIBÉRATION relayé par le MIDI LIBRE. Ainsi, le surcoût moyen résultant de l’augmentation du taux de crédit représentera moins de 1 % par an de l’endettement total des collectivités concernées. Pour affiner ces données il faudrait en fait comparer le montant de ces surcoûts par rapport à l’ensemble des dettes de chacune des institutions et ce sur la période d’amortissement des prêts contractés. Certes tous ces surcoûts se cumulent et si au final ils contribuent à augmenter l’addition déjà bien salée de nos impôts locaux, ils ne pèseront pas grand-chose ne serait-ce qu’au regard, par exemple, de l’inflation que nous constatons dans notre vie quotidienne.

Mais alors :

  1. Pourquoi ces emprunts sont-ils donc qualifiés de « toxiques » ?

  2. Si ces derniers sont si nuisibles, pourquoi nos élus ont-ils souscrit de tels emprunts ?

Répondre à la première question n’est pas si difficile, tout autre chose en est de pouvoir l’expliquer simplement car les articles cités précédemment n’y font qu’une vague allusion par un commentaire de quelques mots seulement évoquant l’achat de « swap structurés » auprès des banques américaines JP MORGAN et GOLDMAN SACHS qui sont les principales « banques de contrepartie » de ces « crédits structurés ». Et nous touchons là « l’axe du mal », la source de cet immense « capharnaüm » face auquel l’ensemble des collectivités et des États se montre bien incapable d’apporter la moindre solution.

Ne nous y trompons pas et rentrons tout de suite dans le vif du sujet : ce sont bien les mêmes « emprunts structurés » (prêts toxiques) qui ont été à l’origine du krach boursier de 2008 et adaptés pour être désormais commercialisés aux collectivité via DEXIA et quelques autres banques telles que la Caisse d’Épargne, le Crédit Agricole ou bien encore La BNP Paribas. Il n’y a pas de limite à l’imagination de « l’ingénierie financières » lorsqu’il s’agit de faire rentrer de l’argent dans les caisses des puissants qui dominent ce monde.

Ces emprunts sont qualifiés de « toxiques » car ils sont adossés à des contreparties que la banque prêteuse (DEXIA) verse à une autre banque (JP MORGAN, GOLDMAN SACHS, etc.) sous réserve que cette dernière assure la première contre le risque d’impayé de la collectivité à laquelle elle aura accordé un crédit. Ceux qui sauront interpréter correctement cette simple phrase peuvent commencer à se rendre compte de la supercherie : les banques s’assurent entre elles sous réserve de « rétrocessions » de commissions sur les dettes des collectivités. Le montant de ces « rétrocessions » fluctue au gré des indices financiers en fonction de la spéculation à laquelle les banques et les investisseurs se livrent sur les marchés boursiers.

Autrement dit, et nous touchons là le comble de la cupidité des « banksters » (banquiers gangsters), cela revient à s’assurer sur la maison de son voisin et à y mettre le feu pour en toucher la prime d’assurance. C’est de cette façon que les spéculateurs ont influencé le service de la dette publique grecque qui conduira ce pays à un inévitable défaut de paiement. Pas mal, non ???

C’est bien entendu en raison d’un tel effet pervers et pour faire référence à ces pratiques que les journalistes de la presse spécialisée parlent « d’emprunt toxique ».

Voilà en gros le tableau général, mais pour mieux comprendre la scène il nous faut détailler un peu plus ces méthodes ubuesques.

Si en apparence et à l’analyse des données ci-dessus il n’y a pas de quoi hurler au loup, nous allons voir comment les petits ruisseaux forment de grosses rivières prêtes à déborder. Nous devons pour cela faire connaissance avec des techniques financières appelés CDS, CDO, CMO ou CLO, etc., à l’origine de ce que les médias désignent par : actifs, obligations, produits, prêts ou emprunts qualifiés de « toxiques », de « pourris », à « hauts risques », etc. ; ou bien encore par « produits dérivés », « dérivés de crédit », « permutation d’impayé, de crédit, etc. », « emprunts, crédits structurés », etc. ; qui sont autant d’appellations pour une seule et même famille de produits. C’est peut-être le point le plus complexe à aborder, mais c’est aussi certainement le plus intéressant et assurément le plus instructif car les « emprunts toxiques » des collectivités, les dettes souveraines des États et les crédits aux particuliers ont tous un point commun : les fameux CDS ou « permutation d’impayé de crédit ».

Commençons tout d’abord par clarifier certaines notions qui nous permettrons de mieux appréhender ce milieu (vous trouverez un glossaire plus complet en cliquant sur le lien suivant : http://www2.cndp.fr/revueEcoManagement/pdf/132/40_glossai...).

Titrisation :

C’est l’opération qui consiste à émettre des titres financiers échangés sur le marché de gré à gré (entre professionnels) et qui porte des lots de créances de même nature, cédés par des banques qui dégagent ainsi le risque de leur bilan (opérations hors bilan sur tous types de crédits consentis par une banque : le rêve de tout entrepreneur - ou de tout débiteur - que les banques sont parvenues à réaliser pour leur unique profit). Ces pratiques ne sont possibles qu’au travers d’entités spécialisées appelées SPV (Spécial Purpose Vehicule, aussi désignées sous les termes de « conduits » ou de « shadows bankings ») qui fonctionnent comme des « caisses noires » de « l’industrie financière » (une telle expression dans le langage courant pour des créateurs de misères : on croit rêver, mais c’est pourtant bien réel), principalement en raison du fait que ces SVP sont domiciliés dans des « paradis fiscaux » échappant à tous contrôles et donc à la régulation des États.

Banques fantômes ou « shadow banking » :

La définition la plus courante du shadow banking se résume ainsi : activité de banque, menée par des entités qui, ne recevant pas de dépôts, ne sont pas régulées en tant que banques et donc qui ne sont pas soumises à la réglementation bancaire et en particulier aux réglementations Bâle I et Bâle II (minimum de fonds propres que doit détenir une banque pour garantir sa solvabilité).

« Les principaux intervenants du système bancaire “fantôme” sont les organismes de crédit non bancaires, ainsi que les organismes de placement collectif monétaires et les banques d’investissement qui les financent. Par extension, le secteur rassemble l’ensemble hétérogène d’intermédiaires financiers qui composent le circuit des transactions financières effectuées “hors bilan” (acteurs para bancaires comme les SPV - Spécial Purpose Vehicule -, fonds de placement, fonds alternatifs, assureurs, etc.). Particulièrement développé aux États-Unis depuis les années 1980, ce dispositif a eu une incidence profonde sur l’ensemble du système financier mondial. Tout comme le système bancaire traditionnel, qui investit à long terme dans des prêts et se finance à court terme par des dépôts, le système “fantôme” investit dans des titres adossés à des actifs (asset-backed securities) fondés sur le même type de prêts à long terme (prêts immobiliers, à la consommation) et se finance en émettant des créances à court terme (billet de trésorerie, pension livrée ou repo). Ressemblant théoriquement au système conventionnel et donc vulnérable à une panique bancaire, le système “fantôme” est extrêmement connecté aux banques, sans avoir accès à la garantie de liquidités des banques centrales. Peu ou pas régulé et à l’origine d’une grande opacité concernant la localisation des risques et l’exposition des agents bancaires traditionnels, il a été un facteur important de contagion du risque systémique, particulièrement durant la crise économique de 2008 » (Extrait de la note d’analyse n° 222 de mai 2011 du Centre d’analyse Stratégique - CAS - institution d’expertise et d’aide à la décision placé sous l’autorité directe du premier ministre).

Ce marché parallèle est la face cachée de l’iceberg financier. La plupart des opérations s’y effectuent sur des « darks pools » (bourses virtuelles) dont les transactions sont fortement imbriquées avec le marché légal, notamment par l’intermédiaire des CDS et autres produits dérivés. Compte tenu de l’opacité de ce marché parallèle, il est impossible de déterminer avec précision son ampleur qui a pris une importance considérable avec le développement des CDS lors de ces dix dernières années (conséquence de la suppression du Glass Steagall Act en 1999).

CDS (ou CDO, CMO, CLO, ou autres dérivés de crédit) :

Un Credit Default Swap (CDS = permutation d’impayé de crédit) est un contrat dérivé de produit. C'est un swap (permutation) entre deux acteurs financiers qui s’accordent pour garantir le risque de défaillance d’une entité de référence sous réserve de contreparties. L'acheteur de protection  s'oblige à des paiements périodiques au vendeur protection ou (banque de contrepartie) en échange d'un droit à dédommagement en cas de défaillance ou d’un évènement de crédit concernant un tiers (entité de référence, qui peut être une collectivité).

Autrement dit, « Un CDS est un contrat par lequel « l’acheteur » s’engage à payer périodiquement au « vendeur » une prime sous réserve que celui-ci l’assure, pour un certain montant, si survient un « événement de crédit » (faillite de l’entreprise - nda : entité de référence -, défaut de paiement, restructuration de la dette ou moratoire - nda : délai de paiement - sur les remboursements de dette souveraine). Les CDS jouent, depuis leur introduction à la fin des années 1990, un rôle important pour accroître la liquidité du marché des obligations en limitant les risques liés à leur détention » (Extrait de la note d’analyse n° 184 de mai 2010 du CAS).

Les CDS sont surtout un instrument de transfert de risque de crédit. Ils facilitent la redistribution de ce risque au sein ou en dehors de la sphère bancaire et financière en les reportant, en bout de chaîne, sur les investisseurs ou… les contribuables. C’est le scénario qui se produisit en 2008 avec l’intervention des Etats pour « libérer » les banques des produits toxiques qu’elles avaient contractés sans avoir les moyens d’y faire face. Ce qui ne les a pas empêché d’encaisser les primes qui étaient attachées à ces engagements et de rémunérer leurs personnels avec (traders, cadres aux salaires et primes « mirifiques », etc.). C’est aussi ce qui arrive actuellement avec la dette grecque que les Etats européens sont plus ou moins contraints d’éponger s’ils désirent éviter qu’un risque systémique de contagion ne se reproduise et infecte l’ensemble du système bancaire comme ce fut le cas en 2008 avec la « crise des subprimes ». C’est encore ce qui se produit avec la banque DEIXA qui est en train d’être « démantelée » par nos dirigeants toujours selon le même principe. C’est dire si les enjeux sont « énormes » et les décisions difficiles à prendre, d’autant plus que l’absence de transparence sur le marché des CDS, qui en décembre 2007 dépassait le montant du PIB mondial (soit 62 200 milliard de dollars), rend impossible l’appréhension du risque encouru par chacun. Nul ne sait avec certitude qui assure quoi, quand, où, comment et pour combien. Seul le « pourquoi » (le profit, encore et toujours plus…) semble maîtrisé dans ce genre d’opérations (bien que cette donnée soit toute relative). De ce fait et en l’absence de telles précisions, tout le monde ignore qui serait réellement touché par la défaillance grecque et celle de DEIXA, car on trouve désormais des CDS² (carré ou square) qui sont des CDS de CDS, mais également des CDS³ qui sont des CDS de CDS². D’où l’inquiétude qu’affichent nos gestionnaires car au travers de ces produits hautement toxiques, tous les signes extérieurs indiquent qu’ils ont engagé l’État français au-delà des limites du raisonnable.

Nous sommes bien là dans un système de type pyramide de PONZI ou, si vous préférez, une « vente pyramidale à la MADOFF », à la différence près que ces CDS font appel à des formules mathématiques si complexes que seuls les doctorants en économie (ou mathématique) peuvent comprendre (mais pas maîtriser comme vous pourrez le constater de vous-même si votre curiosité vous pousse à lire le seul livre retraçant leur genèse : « L’or des fous » de Gillian TETT).

A propos des CDS (dérivés de crédit), ils ont dit :

  • Félix ROHATYN, figure légendaire de Wall Street : « Les produits dérivés sont des bombes à hydrogène financières élaborées sur des ordinateurs personnels par des types de 26 ans, titulaires de MBA » (« L’or des fous » de Gillian TETT, page 44).

  • « Le Money World d’Adam SMITH déclara que les produits dérivés pourraient bien être l’équivalent financier du prochain désastre de la navette spatiale. Fortune afficha en couverture le mot « Produits Dérivés » sur les mâchoires d’un alligator géant. Les produits dérivés financiers resserrent leur étreinte sur l’économie mondiale, menaçait l’article. Et personne ne sait comment les contrôler » (ibidem, page 50).

  • Charles PARDUES, acteur clé dans l’équipe de la JP MORGAN qui créa « l’ancêtre » des CDS à la suite de la catastrophe écologique de l’Exxon Valdez survenue en 1989 en ALASKA : « Je ne pense pas que nous devrions croire que tout ce qui se vend est de juste valeur. J’ai assisté à des conférences de revendeurs où les banquiers vendent ce truc (CDS ou CDO, etc.) et la simplicité de l’explication du mode d’emploi me fait peur… ils investissent dans des choses qu’ils ne comprennent pas, ils semblent vraiment croire ces modèles et lorsqu’ils changeront, ce sera vraiment effrayant » (ibidem, page 121).

  • Warren BUFFET fut nommé meilleur investisseur du XXème siècle, seule personne à avoir « dépossédé » Bill GATES de son « trône » d’homme le plus riche du monde lors de la crise de 2008 : « Les CDS sont des armes financières de destruction massive » (« Blythe Masters » de Pierre JOVANOVIC, page 7).

  • George SOROS, financier milliardaire américain : « Les CDS sont des instruments destructeurs qui doivent être interdits par la loi… Cela revient à assurer votre voisin sur la mort, et ensuite le tuer pour toucher la prime d’assurance » (ibidem, page 9).

Nés et développés au sein de la JP MORGAN et initialement commercialisés par les banquiers américains (JP MORGAN, GOLDMAN SACHS, MORGAN STANLEY, CITIGROUP, LHEMAN BROTHERS - avant que cette dernière ne fasse faillite -, etc. : les fameuses « banques de contrepartie » adossée aux emprunts structurés des collectivités), les créateurs de « ces armes financières de destructions massives » spéculent maintenant à moindre frais sur les dettes souveraines (dettes d’États), les dettes des collectivités, celles des banques européennes et les « packagings » de crédits aux particuliers titrisés pour être mis sur le marché boursier. Cela leur permet d’encaisser de formidables profits au détriment des européens naïfs que nous sommes. Cette mécanique diabolique opère dans l’ombre depuis des années et tout est actuellement organisé pour que les choses se poursuivent ainsi car l’avidité de ces « banksters » (mot générique pour désigner les banquiers gangsters) est telle qu’ils tueraient père et mère pour encaisser le moindre dollar.

Grâce à ces quelques précisions, nous savons maintenant pourquoi les médias parlent « d’emprunt toxique » lorsqu’ils font allusion aux prêts contractés par les collectivités ou certaines institutions publiques, mais une information capitale est éludée dans leurs présentations : ces techniques financières complexes n’ont pas intoxiqué que les prêts aux collectivités, ce sont TOUS les crédits contractés auprès d’une banque qui sont soumis à des « manipulations » plus ou moins opaques. Cela concerne aussi bien les prêts aux particuliers, que ceux concédés aux collectivités territoriales ou bien au États.

Pour nous éclairer un peu plus dans les ténèbres de ce monde nébuleux, voyons ce qu’en disent nos responsables politiques au plus haut niveau, ce qui nous permettra de répondre à la deuxième question que ces emprunts toxiques soulèvent. A savoir, qu’elle est la responsabilité de nos élus dans cette affaire ?

En 2010, Nicolas SARKOZY fut invité à DAVOS pour y prononcer le discours d’ouverture du 40ème Forum Economique Mondial qui réunit des dirigeants d’entreprise, des responsables politiques, des intellectuels et des journalistes du monde entier afin de débattre des problèmes les plus urgents de la planète. Il y déclara notamment à cette occasion :

« …Quel rôle doit jouer les banques dans l'économie ?... Quel est le métier de banquier ? Revenons aux fondamentaux, le métier de banquier n'est pas de spéculer, c'est d'analyser le risque du crédit, c'est de mesurer la capacité des emprunteurs à rembourser et c'est de financer le développement de l'économie. Si le capitalisme financier a connu une telle dérive, c'est parce que des banques ne faisaient plus leur métier. Pourquoi prendre le risque de prêter aux entrepreneurs quand il est si facile de gagner autant d'argent en jouant sur le niveau de la bourse sur les marchés ? Pourquoi ne prêter qu'à ceux qui peuvent rembourser quand il est si facile de sortir les risques de son bilan ? La notion même de hors bilan est quelque chose que j'ai du mal à comprendre, et quand j'ai compris, à accepter. Pourquoi faire des règles si toute une partie de votre activité est hors les règles, hors bilan ? »

Cette notion de « hors bilan » se réfère aux « shadow banking », à la titrisation et à la spéculation sur les produits dérivés tels que les CDS. D’où la nécessité de mieux connaître ces quelques concepts.

En 2011, Nicolas SARKOZY, invité au du 41ème FEM réunis le 28 janvier 2011 à DAVOS, déclara en réponse à la prise de parole de Jamie DIMON, président de la JP MORGAN Chase & Co (décidément toujours dans les « bons » coups) :

« …Parce qu'entre le château de cartes qui s'écroule chez LEHMAN Brothers et le chômeur européen, américain, japonais, de quelques pays du monde, il y a un lien absolument direct

… Et puis sont venues les explications et qu'est-ce que l'on a vu ? Qu'au fond, depuis 10 ans, des institutions majeures, en qui ont pensait pouvoir avoir confiance, faisaient des choses qui n'avaient rien à voir avec le strict bon sens…

… Allons à l'essentiel, s'ils se sont effondrés, c'est parce qu'ils gagnaient beaucoup d'argent avec des produits qui n'en gagnaient pas eux-mêmes. En gros, on faisait des bénéfices sur des dettes que l'on vendait. (Nda : c’est bien aux CDS dont il est fait référence ici et aux « emprunts toxiques » auxquels sont maintenant confrontés nos collectivités au travers de la banque DEXIA). A un moment, à force de se repasser les dettes des uns et des autres et d'empocher les bénéfices à chaque passage, à un moment il a fallu payer l'addition. Et les produits étaient si sophistiqués, si compliqués que même ceux qui les vendaient ne les comprenaient pas. La seule chose qu'ils comprenaient, c'est que c'était du bon rendement et à l'arrivée tout s'écroule

Il y avait des choses extraordinaires. Cette notion de hors bilan est l'une des choses les plus extravagante qu'il m'ait été donné de connaître. Voilà donc, vous les banquiers, vous les chefs d'entreprises, vous étiez obligés de respecter une règle pour tout ce qu'il y avait dans votre bilan, mais vous pouviez mettre en dehors de votre bilan, grosso modo ce que vous vouliez. Pourquoi faire des règles si on peut les contourner ? Je ne conteste pas le principe de la titrisation, je pense même que la titrisation est essentielle pour le développement du monde, mais il y a des limites. Quand tel pays offshore garantissait 700 fois sont PIB, est-ce que l'on est dans l'économie de marché ou est-ce que l'on est dans une maison de fous ? »

La connaissance de l’outil financier qui symbolise à lui seul le « mythe du veau d’or » auquel tous les banquiers et investisseurs, y compris les États, vouent un culte d’adoration « satanique », vous permet désormais de comprendre pourquoi les emprunts structurés consentis aux collectivités sont qualifiés de toxiques par les médias spécialisés. Quant à la compétence, la volonté ou l’intérêt de nos élus à vouloir résoudre cette problématique, je vous laisse seul juge d’interpréter leurs déclarations avec les nouvelles « clefs » de compréhension que vous délivre cet article. Toutefois, d’un point de vue strictement règlementaire, il existe en France des lois et une jurisprudence importante sur les obligations des banques envers leurs clients. Bien que ces lois distinguent deux familles d’emprunteur en fonction du fait qu’il soit « averti » ou « non averti », les appréciations du juge de fond quant à la qualité de l’emprunteur et aux devoirs de mise en garde du prêteur vis-à-vis de l’emprunteur sont des appréciations souveraines. Autrement dit et compte tenu de la complexité de ces « emprunts toxiques », de leurs effets pervers qui ne pouvaient être connus que des seuls services spécialisés de certaines banques (les services « swap »), des déclarations de notre chef de l’État ci-dessus retranscrites qui n’a pris conscience du problème qu’après la crise de 2008 et du montant des surcoûts en jeu qui représentent des sommes considérables pour chaque collectivité, il serait peut-être opportun que les élus possédants encore une « once » de sens moral puissent, à l’image de certaines communes, engager des recours devant les tribunaux compétents. En valeur estimée de 2009, rappelons que ces surcoûts sont de l’ordre de 605 000 € pour la  commune d’AGDE, 391 000 € pour la CAHM, 616 000 € pour le département de l’Hérault et 4 409 000 € pour la région Languedoc-Roussillon et qu’à la vue de tels enjeux, une action en justice serait nettement « rentable » pour le contribuable. Par ailleurs, il importe aussi de tenir compte du fait que ces emprunts structurés sont indexés d’après la spéculation boursière à laquelle se livrent les « banques de contrepartie » ce qui crée obligatoirement une asymétrie entre les banques et les collectivités au préjudice de ces dernières et que DEIXA n’est pas la seule banque à avoir vendu des « prêts toxiques ». Quid des surcoûts que peuvent générer de tels emprunts souscrits auprès de la Caisse d’Epargne, du Crédit Agricole ou de la BNP Paribas, autres acteurs de ce marché ?

Un certain Henry FORD (1863-1947), fondateur de la Ford Motor Compagnie, avait dit à ce propos : « Il est une chance que les gens de la nation ne comprennent pas notre système bancaire et monétaire, parce que si tel était le cas, je crois qu’il y aurait une révolution avant demain matin ».

En conclusion, nous retiendrons que, pris isolément et sauf cas exceptionnel, les « emprunts toxiques » souscrits par les collectivités n’ont pas beaucoup d’incidences sur nos impôts locaux, mais que la masse monétaire que représente l’ensemble de ces prêts est si importante qu’elle asphyxie peu à peu notre économie en raison des techniques financières, de type CDS, qui y sont rattachés.

Je réserverai le mot de la fin à Christine LAGARDE qui, du temps où elle était ministre de l’Économie, interpella son ami Henry « Hank » PAULSON, ancien président de la banque GOLDMAN Sachs (chef d’orchestre de la haute finance avec la J.P. MORGAN Chase & Co) et Secrétaire au Trésor des Etats-Unis nommé par George W. BUSH, en lui disant : « Hank ! On voit le tsunami qui nous arrive dessus et tu es sur la plage en train d’hésiter sur la couleur du maillot de bain qu’on va porter » (cf « Krach, les dessous de la crise économique »).

L’histoire ne fait que se répéter et nos élus sont encore en train de bronzer !

 

Philippe VERGNES

 

Article paru le dimanche 9 octobre 2011 sur le journal d'information en ligne Hérault Tribune.


N.B. :

Cette synthèse a été rédigée d’après l’analyse des sources mentionnées dans le document joint, auxquelles vous pourrez avoir accès par  un simple clic de souris, et d’après certains articles parus dans la presse spécialisée, trop nombreux pour être cités.

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